BIENVENUE À L'ONU | VOUS ÊTES CHEZ VOUS
| English | Français

Système
des Nations unies
au Sénégal

Mettre fin à l’impunité pour les crimes contre les journalistes en Afrique de l’Ouest

Dakar, le 2 novembre 2016 - « Aujourd'hui, je voudrais honorer la mémoire des journalistes morts pour sauvegarder la liberté d'expression ces dernières années » soulignait Hawa Ba, directrice de l'Open Society Initiative pour l'Afrique de l'Ouest (OSIWA) lors de l’émission radio programmée par l'UNESCO Dakar, en collaboration avec West Africa Democracy Radio (WADR), à l'occasion de la Journée internationale de la fin de l'impunité pour les crimes commis contre des journalistes (IDEI), le 2 novembre. Parmi les invités figuraient la section africaine de la Fédération internationale des journalistes, OSIWA, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH), la Cour africaine des droits de l'homme et des peuples, le Parlement panafricain, le Président et Rapporteur spécial sur la liberté d'expression et l'accès à l'information en Afrique.

L’Assemblée générale des Nations Unies a proclamé la Journée internationale, lors de sa 68e session en 2013, en commémoration de l’assassinat de deux journalistes français au Mali le 2 novembre 2013. La résolution A/RES/68/163 a également été adoptée ce jour-là, elle exhorte les États membres à prendre des mesures précises pour combattre la culture actuelle d’impunité et promouvoir la sécurité des journalistes. Il s’agit d’un jour important, non seulement pour commémorer et honorer ceux qui sont morts dans l’exercice de leurs fonctions, mais aussi pour faire appel à la justice dans les cas de violence et de harcèlement contre les journalistes. Le harcèlement contre les journalistes quel que soit sa forme doit être rejeté, y compris les arrestations arbitraires, les menaces verbales et l’intimidation. Mettre fin à l’impunité à l’égard de tous ces actes est l’étape la plus importante pour assurer la sécurité des journalistes.

"Au cours de la dernière décennie, plus de 800 journalistes ont été tués dans l’exercice de leurs fonctions et seulement 8% de ces cas ont été résolus", a déclaré Frank La Rue, Sous-Directeur général pour la communication et l’information à l’UNESCO. "Les 92% de cas non résolus indiquent au public que la liberté d’expression n’est pas protégée. Il est important que tous les acteurs concernés aident à sensibiliser le public sur cette question ", a ajouté Mehdi Benchelah de l’UNESCO à Paris.

"Des défis croissants se posent aux journalistes, à la fois dans les situations conflictuelles et non conflictuelles. Les gouvernements doivent créer un environnement sûr pour les journalistes et la liberté d’expression », a souligné Gabriel Baglo, directeur régional de la section Afrique de la Fédération internationale des journalistes.

Le cas de Deyda Hydara, cofondateur du journal indépendant The Point et président de l’Union de la presse gambienne (GPU), assassiné à Banjul le 16 décembre 2004, est l’un des nombreux exemples de décisions rendues par la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples concernant la liberté d’expression en Afrique qui doivent aussi être mis en œuvre par leurs homologues nationaux. « J’ai eu peur pour sa vie, mais je n’ai jamais pensé que cela arriverait un jour », a déclaré Marie, sa fille. « Il y a souvent un manque d’informations sur où et comment faire appel à la justice et sur ce que sont les droits des journalistes et de leurs familles », a souligné Fatou Jagne Senghor, directrice régionale d’Article 19 en Afrique de l’Ouest. « Cela montre que les gouvernements ne s’intéressent pas aux journalistes mais ils doivent comprendre l’importance de leur rôle dans la société », a ajouté Demba Jawow, journaliste gambien, ami proche d’Hydara et ancien chef de l’Union de la presse gambienne.

" Les gouvernements ont la responsabilité de protéger les journalistes. Si la liberté d’expression n’est pas respectée, la règle de droit cesse d’exister. Parmi les actions concrètes implémentées par le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, citons celles du Rapporteur spécial sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression, qui produit régulièrement des rapports sur la situation des journalistes, ainsi que celles du Rapporteur spécial sur La situation des défenseurs des droits de l’homme, qui s’assure que la sécurité des journalistes soit contrôlée et que des mesures soient prises pour mettre fin à l’impunité ", a souligné Daniel Atchebro, directeur adjoint du Bureau régional du HCDH pour l’Afrique de l’Ouest.

"Le cas de Issa Lohé Konate, rédacteur en chef de l’hebdomadaire L’Ouragan, au Burkina Faso, arrêté et condamné pour diffamation contre un procureur en 2012, est un autre exemple de la réforme nécessaire dans nos systèmes de justice", a ajouté Abdoulaye Diallo du Centre national de presse Norbert Zongo. En juin 2013, M. Konaté a fait appel à la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples pour demander justice et a plaidé une violation de l’article 9 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, de l’article 19 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et de l’Art. 66 du traité révisé de la CEDEAO. Finalement, la Cour africaine a ordonné la libération de M. Konaté et a décidé que le Burkina Faso devait modifier ses lois pénales en matière de diffamation. Dans son arrêt, la Cour africaine a jugé que l’emprisonnement pour diffamation viole le droit à la liberté d’expression alors que les lois pénales contre la diffamation ne devraient être utilisées que dans des circonstances limitées.

« Assurer la sécurité des journalistes et la liberté d’expression est essentielle au développement durable et à la démocratie. L’adoption par l’ONU de l’objectif de développement durable n ° 16 et de sa cible 10 en septembre 2015 a constitué un pas important vers l’intégration de la sécurité des journalistes dans l’agenda international du développement. L’objectif 16.10 du développement durable est une condition préalable à l’état de droit et à la fin de l’impunité. L’un des indicateurs permettant de mesurer les progrès accomplis dans la réalisation de l’objectif 16.10 comprend le nombre de cas confirmés de meurtres, d’enlèvements, de disparitions, de détentions arbitraires et de tortures de journalistes, de médias, de syndicalistes et de promoteurs des droits de l’homme au cours des douze derniers mois. L’UNESCO agit en en contribuant à collecter des données sur cet indicateur ", a souligné Sasha Rubel Diamanka, Conseillère régionale pour la communication et l’information du Bureau régional de l’UNESCO pour l’Afrique de l’Ouest (Sahel) à Dakar.

« Les juges et les magistrats jouent un rôle crucial pour mettre fin à l’impunité contre les journalistes. Ils doivent connaître tous les instruments régionaux et internationaux qui ont été adoptés pour promouvoir la sécurité des journalistes ", a souligné Pansy Tlakula, Rapporteur spécial sur la liberté d’expression et l’accès à l’information en Afrique ; "À cet égard, nous devons créer plus de programmes de sensibilisation non seulement pour les magistrats et les juges, mais aussi pour la police et les procureurs", a souligné Tlakula.

"Il y a un antagonisme entre les membres des parlements et les journalistes. Le rôle des journalistes est d’informer le public et d’écrire sur l’action du gouvernement dans l’intérêt du peuple. Afin de combler le fossé entre les membres des parlements et les journalistes, il faut mettre en place davantage de formations et d’actions de sensibilisation pour favoriser le professionnalisme et la transparence », a insisté Onyango Kakoba, ancien président de la commission de la justice et des droits de l’homme du Parlement panafricain.

"Les Nations Unies ont adopté, pour promouvoir la sécurité des journalistes et mettre fin à l’impunité des crimes commis contre eux, plusieurs résolutions historiques. Partout dans le monde, l’UNESCO continue de renforcer, avec les gouvernements, les ONG, les associations professionnelles et les journalistes, la capacité des institutions judiciaires et des organismes d’application de la loi afin d’assurer la sécurité et de faire respecter l’État de droit. De plus en plus d’Etats intègrent les normes internationales pour la sécurité des journalistes dans leur législation y compris celle relative aux médias", a souligné Sasha Rubel Diamanka. L’UNESCO a en outre rappelé l’importance du Plan d’action des Nations Unies sur la sécurité des journalistes et la question de l’impunité, qui demande des partenariats plus poussés entre les parties prenantes dans ce domaine. « La protection des journalistes devrait être le travail de tous, elle devrait être une question de société. Nos Etats doivent respecter les mécanismes de protection des droits de l’homme "a souligné Hawa Ba au nom de l’OSIWA.

La célébration de la Journée internationale s’est déroulée à l’issue d’un séminaire sur le renforcement des systèmes judiciaires et des tribunaux africains visant à protéger la sécurité des journalistes et à mettre fin à l’impunité, tenu le 10 septembre 2016 à la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples à Arusha, en Tanzanie. Le séminaire était organisé conjointement par l’UNESCO et la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples et a servi de commémoration principale de la Journée internationale pour mettre fin à l’impunité des crimes contre les journalistes. Ce dialogue interrégional a permis de discuter de la jurisprudence africaine et des normes internationales sur la sécurité des journalistes, de chercher des stratégies pour renforcer le rôle de la Cour africaine et d’augmenter le nombre de pays africains qui adhèrent à la Cour africaine.

"Il y a des journalistes à travers l’Afrique qui sont capables de pratiquer leur profession sans crainte d’être harcelé ou exécuté. Cependant, il faut davantage sensibiliser le public sur leur rôle et sur les actes de violences dont ils sont victimes. C’est un long processus, mais l’espoir est là et on ne peut qu’aller de l’avant dans les années à venir ", a ajouté Ben Kioko, vice-président de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples.

Les débats ont souligné que la sécurité des journalistes, la liberté d’expression et le respect de l’état de droit sont indispensables au développement durable. Pour conclure l’émission de radio, l’UNESCO a appelé les médias, la société civile, les institutions policières et judiciaires à intensifier leurs efforts pour prévenir la violence contre les journalistes, renforcer la protection des personnes menacées, traduire en justice les auteurs de crimes contre les journalistes, et à continuer à plaider en faveur de la sécurité des journalistes.

Pour écouter les deux émissions de WADR sur Soundcloud cliquer ici :

English Version
Version française

Facebook ONU

Chaîne video ONU
INSTAGRAM
FLICKR